Rohingyas – Birmanie – Epuration ethnique à huis clos

Rohingyas – Birmanie - Epuration ethnique à huis clos

En Birmanie, les Rohingyas sont persécutés en raison de leur appartenance ethnique et de leur religion. En termes de droit, il s’agit de crimes contre l’humanité, parmi lesquels des meurtres, des déportations ou des transferts forcés de population. Depuis plusieurs mois, plus de 620 000 musulmans rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh, fuyant les viols, les meurtres et les tortures perpétrés par des soldats birmans et des milices bouddhistes. Les Nations unies estiment qu’il s’agit d’un « cas classique d’épuration ethnique ». Des milliers d’autres personnes mettent leur vie en danger en tentant de gagner le Bangladesh depuis la Birmanie à bord de bateaux de pêche ; certaines de ces personnes sont gravement blessées, ou accompagnées d’enfants. Beaucoup d’autres personnes bloquées dans les régions montagneuses du nord de l’État d’Arakan sont privées d’aide car les ONG et les organisations humanitaires ne sont pas autorisées à se rendre dans ce secteur. Tous les réfugiés confirment que les attaques sont menées par les forces de sécurité de Birmanie. Ne laissons pas l’armée et les forces de sécurité du Myanmar poursuivre cette campagne de violences impitoyables et d’épuration ethnique contre les Rohingyas.

Dans un rapport publié le 19 décembre 2017, Human Rights Watch, raconte comment l’armée a piégé, puis tué ou violé les habitants d’un village. Ces révélations pourraient amplifier la pression de la communauté internationale sur la Birmanie. Certains massacres commis dans des villages rohingyas dans l’ouest de la Birmanie ont été clairement planifiés par l’armée birmane, aidée par les populations bouddhistes, estime Human Rights Watch dans ce nouveau rapport consacré à la localité de Tula Toli.

S’appuyant sur des dizaines de témoignages de survivants, l’ONG montre comment les forces de sécurité ont piégé les musulmans rohingyas sur les berges d’un fleuve pour ensuite tuer et violer hommes, femmes et enfants et incendier la petite ville.

De nombreux villageois ont déclaré à Human Rights Watch que le chef de l’organisation locale, membre de l’ethnie Rakhine (bouddhiste), leur avait dit de se rassembler sur la plage, prétendant qu’ils y seraient en sécurité. Les forces de sécurité ont ensuite encerclé la zone, tirant sur la foule rassemblée et ceux qui tentaient de fuir. « Ils attrapaient les hommes et les forçaient à s’agenouiller puis ils les tuaient. Ensuite ils empilaient leurs corps. D’abord ils les abattaient et s’ils étaient encore vivants, ils les achevaient à coups de machettes », a raconté Shawfika, 24 ans, dont le mari et le beau-père ont été tués sous ses yeux. L’ONU et les gouvernements étrangers doivent veiller à ce que les responsables de ces graves abus rendent compte de leurs actes.

Pour Zeid Ra’ad Al-Hussein, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, la responsabilité de la Birmanie dans les violentes attaques contre la minorité musulmane des Rohingya est clairement établie, car « ces opérations avaient été organisées et planifiées ». Dans une interview accordée à l’AFP, il répète ce qu’il avait déjà dit auparavant, à savoir qu’on ne peut « pas exclure la possibilité d’actes de génocide ».

Entre fin août et fin septembre, l’armée birmane a attaqué cette minorité dans l’Etat de l’Arakan (appelé Rakhine par le gouvernement), forçant au moins 655.000 personnes à fuir et trouver refuge dans des camps de fortune au Bangladesh. Ni l’ONU ni aucune ONG n’ont été autorisées par les autorités birmanes à se rendre sur place. Les seules données et témoignages ont été récoltés dans les camps. Un rapport de l’ONU parle « de crimes horribles, d’enfants pourchassés et égorgés », selon Zeid Ra’ad Al-Hussein.

Beaucoup d’autres rohingyas, sont actuellement bloqués dans les régions montagneuses du nord de l’État d’Arakan et sont privées d’aide car les ONG et les organisations humanitaires ne sont pas autorisées à se rendre dans cette région.

Médecins sans frontières (MSF) a été la première organisation à publier une évaluation du nombre de victimes. Ils estiment que 6 700 Rohingya, dont au moins 730 enfants de moins de 5 ans, ont été tués depuis août. Cette évaluation, très conservatrice, se fonde sur une étude de mortalité réalisée auprès de 2434 foyers représentant 11.426 individus parvenus dans les camps de réfugiés. Mais comme le dit l’ONG :« Les autorités birmanes ont toujours démenti avoir commis des atrocités. Elles justifient leurs actions militaires par l’attaque, le 25 août, de plusieurs postes de police de l’Arakan par des rebelles de l’Armée du salut des Rohingya d’Arakan (ARSA). Zeid Ra’ad Al-Hussein ne croit pas à la thèse de la répression contre des rebelles, en soulignant que ce sont bien les civils qui ont été clairement ciblés.

Interrogé sur le niveau de responsabilité de la dirigeante birmane et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, il a estimé que ce sera là aussi aux tribunaux de trancher.

En effet, il existe aussi le crime d’omission : si vous étiez totalement au courant que ces développements se déroulaient et que vous n’avez rien fait pour y mettre un terme, celle-ci pourrait être tenu pour responsable.

En Birmanie, les Rohingyas n’ont pas de papiers d’identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Ils représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire.

Il est temps pour la communauté internationale de réagir face à ces massacres, qui constitue des crimes contre l’humanité. Ne laisserons pas l’armée et les forces de sécurité du Myanmar poursuivre cette campagne de violences impitoyables contre les Rohingyas.