IA – Une arme de domination globale

IA -Une arme de domination globale

Avec l’avènement de l’Intelligence artificielle (IA) : « Celui qui deviendra leader en ce domaine sera le maître du monde », affirmait le président de la Russie, Vladimir Poutine. Loin d’être encore mature, la technologie de l’intelligence artificielle sera un formidable levier pour l’Homme. Mais elle pourrait être également une arme de domination pour les pays qui la maîtriseront. L’intelligence artificielle (IA, ou AI en anglais pour Artificial Intelligence) consiste à mettre en œuvre un certain nombre de techniques visant à permettre aux machines d’imiter une forme d’intelligence réelle. L’IA se retrouve implémentée dans un nombre grandissant de domaines d’application. La technologie émergente de l’intelligence artificielle croise plusieurs techniques simulant les processus cognitifs humains. Existant depuis les années 50, la recherche s’est développée récemment au point de multiplier les applications : voitures autonomes, diagnostics médicaux, assistants personnels, finance algorithmique, robots industriels, jeux vidéo… L’explosion de la puissance de calcul des machines a fait basculer l’IA, dans les années 2010, d’un classique de science-fiction à une réalité de plus en plus proche, devenue un enjeu scientifique majeur. Deep-learning, algorithmes de réseaux neuronaux ou encore ordinateurs quantiques sont autant d’espoirs pour les transhumanistes, autant de craintes pour de nombreuses personnalités du monde high-tech, dont Stephen Hawking, Bill Gates ou Elon Musk, qui pointent les risques éthiques d’une IA rendue trop autonome ou consciente, et le fragile équilibre des bénéfices-risques sur l’emploi et le bien-être des humains.

La notion d’intelligence artificielle voit le jour dans les années 1950 grâce au mathématicien Alan Turing. Dans son livre « Computing Machinery and Intelligence », ce dernier soulève la question d’apporter aux machines une forme d’intelligence. Il décrit alors un test aujourd’hui connu sous le nom « Test de Turing » dans lequel un sujet interagit à l’aveugle avec un autre humain, puis avec une machine programmée pour formuler des réponses sensées. Si le sujet n’est pas capable de faire la différence, alors la machine a réussi le test et, selon l’auteur, peut véritablement être considérée comme « intelligente ». De Google à Microsoft en passant par Atos, Apple, IBM ou Facebook, toutes les grandes entreprises dans le monde de l’informatique planchent aujourd’hui sur les problématiques de l’intelligence artificielle en tentant de l’appliquer à quelques domaines précis. Chacun a ainsi mis en place des réseaux de neurones artificiels constitués de serveurs et permettant de traiter de lourds calculs au sein de gigantesques bases de données. La vision artificielle, par exemple, permet à la machine de déterminer précisément le contenu d’une image pour ensuite la classer automatiquement selon l’objet, la couleur ou le visage repéré. Les algorithmes sont en mesure d’optimiser leurs calculs au fur et à mesure qu’ils effectuent des traitements. C’est ainsi que les filtres antispam deviennent de plus en plus efficaces au fur et à mesure que l’utilisateur identifie un message indésirable ou au contraire traite les faux-positifs. La reconnaissance vocale a également le vent en poupe avec des assistants virtuels capables de transcrire les propos formulés en langage naturel puis de traiter les requêtes soit en répondant directement via une synthèse vocale, soit avec une traduction instantanée ou encore en effectuant une requête relative à la commande. Dans le domaine de la défense, le monde est déjà entraîné dans la guerre du futur avec l’émergence de l’IA. Et beaucoup plus qu’on ne peut le penser. « Le développement de l’intelligence artificielle est désormais un lieu de compétition stratégique, une course à la puissance technologique, économique mais aussi militaire », expliquait en avril 2019, la ministre des armées, Florence Parly.

Les États-Unis et la Chine se livrent à une véritable course à l’armement, qui structurera le paysage de l’IA militaire au cours de la prochaine décennie. La Chine doit être le pays le plus avancé au monde pour ce qui concerne la théorie fondamentale et les applications pratiques dans le domaine de l’IA. La reconnaissance faciale est déjà utilisée en Chine pour identifier les personnes dont le comportement déroge avec les règles imposées par les autorités et le Parti. Et cette course, qui s’accélère, reproduit, soixante-dix ans plus tard, ce qu’a été la course à l’armement nucléaire. D’autant que les Américains semblent aujourd’hui, effrayés par ce volontarisme chinois, craignant que leur supériorité militaire s’érode lentement. Derrière ce duo, la Russie ne se maintient que sur certaines briques technologiques. Dans cette course à l’investissement, il est illusoire pour la France et l’Europe de penser rattraper les champions mondiaux que sont les États-Unis et la Chine, Loin derrière, la France participe à l’aune de ses moyens à cette compétition en jouant sur ses quelques points forts (explicabilité, vulnérabilité), notamment en s’appuyant sur sa longue tradition scientifique et d’ingénierie avec des chercheurs mondialement reconnus comme Yann Le Cun, qui vient de recevoir le prestigieux prix Turing. « Nous ne pouvons pas prendre le risque de manquer ce virage technologique. Tout se joue donc maintenant », a estimé Florence Parly.  Mais d’un point de vue technologique, la France est clairement subordonnée à des entreprises étrangères, notamment les Gafam, notamment dans le domaine des infrastructures.  De façon concrète, le ministère des Armées va investir 100 millions d’euros par an de 2019 à 2025 dans l’IA. Et c’est en réalité bien plus si l’on compte tous les systèmes de défense qui seront irrigués par l’IA : cet effort touche tous les programmes d’armement, du Rafale au Scorpion, du spatial au combat naval collaboratif. D’ici à 2023, la cellule de coordination consacrée à l’IA pourra s’appuyer sur un réseau de 200 spécialistes, dont une centaine à Bruz (Ille-et-Vilaine) au sein du centre technique Maîtrise de l’information de la Direction générale de l’armement (DGA). C’est peu, trop peu, mais la France sera un partenaire de second ordre capable de jouer les premiers rôles dans certaines briques technologiques. Pour autant, lIA reste une technologie très jeune, et la faible maturité de certaines approches ne permet pas aujourd’hui de les utiliser dans des applications critiques, qui sont à forts enjeux. Ainsi, les algorithmes de détection d’objets sur l’imagerie satellitaire actuelle ne permettent pas encore de distinguer un pick-up armé d’un pick-up civil. Et le problème ne peut pas être résolu par la force du calcul, Si aujourd’hui, on peut en conclure que l’IA génère encore plus d’incertitudes et de questionnements que d’affirmations, cela ne sera pas toujours le cas. Car c’est une technologie stratégique, indispensable pour garantir une supériorité opérationnelle. Les opportunités d’usage pour la défense sont nombreuses. L’IA est capable d’assister la prise de décision, de la rendre plus rapide, plus éclairée et plus sûre. Outre l’aide à la décision et à la planification, l’IA va rendre de nombreux services au renseignement. Elle va booster les outils de recherche de données dans des proportions incommensurables. En outre, le combat collaboratif bénéficiera de la puissance de l’IA, ce qui renforcera les capacités opérationnelles de systèmes de défense à l’intérieur d’une même bulle tactique. Ce sera vrai pour les avions, les chars de combat, les navires de guerre et les drones, qui pourront communiquer et mener des actions communes. Via la robotique, l’IA pourra soulager les militaires de tâches répétitives ou dangereuses. Ce qui renforcera leur efficacité et les protégera sur le terrain. Dès 2020, le système de lutte anti-mines du futur (SLAMF) mettra au point des essaims de robots sous-marins qui procéderont au déminage. Ce qui permettra aux marins de se tenir à distance du danger. Dans l’armée de terre, des robots peuvent d’ores et déjà porter des charges lourdes ou évacuer les blessés.

L’IA sera également déterminante dans le cyberespace pour se protéger des cyberattaques qui seront dans le futur en mode « haute fréquence ». Et pour les contrer, seule une machine armée d’une IA de compétition aura le tempo requis. Enfin, dans le domaine de la logistique et de la maintenance, l’IA permettra plus d’efficacité. La marine nationale française devrait lancer une expérimentation de maintenance prédictive sur les moteurs de certaines frégates et l’armée de l’air travaille déjà sur de la maintenance prédictive pour les Rafales, avec à terme de lancer un projet identique sur la flotte des avions tactiques C130J, en coopération avec le Royaume-Uni et les États-Unis. Le traitement de l’évolution de certaines données physiques comme la pression, la température ou le nombre précis de rotation par seconde d’éléments mobiles sur les moteurs est une aide pour prévoir les pannes. La mise en place d’algorithmes par les compagnies aériennes capables d’analyser ces données a déjà entraîné des économies substantielles : la gestion du parc d’avions a été améliorée, des annulations de vol ont été évitées, limitant les effets préjudiciables en termes d’image et de finance. Dans le domaine de la logistique, les grands stocks peuvent être mieux gérés en classant les marchandises en fonction des impératifs du marché, selon des catégories spécifiques élaborées par une machine. Très clairement, une IA au service de l’homme et du progrès. L’intelligence artificielle représente un potentiel infini. Au fur et à mesure de l’évolution de ces travaux, l’intelligence artificielle passe du simple chabot générique à un système de gestion de fonds automatique en finance, une aide au diagnostic en médecine, une évaluation des risques dans le domaine des prêts bancaires ou des assurances ou encore un allié décisionnel sur le terrain militaire. Alors qu’en 2015 le marché de l’intelligence artificielle pesait 200 millions de dollars, on estime qu’en 2025, il s’élèvera à près de 90 milliards de dollars.