Iran- Israël – Une confrontation directe est-elle possible ?

Iran- Israël - Une confrontation directe est-elle possible

La Syrie, est-elle en train de devenir un terrain de guerre par procuration entre l’Iran, l’Arabie saoudite et Israël. La situation est inquiétante, jour après jour, la contagion des conflits régionaux s’étend au territoire de la Syrie, terrain de guerre par procuration. En février dernier, l’aviation israélienne a abattu un drone iranien alors que l’aviation Syrienne abattait un F-16 israélien. Par ailleurs, plusieurs objectifs syriens et iraniens ont été bombardés par l’aviation israélienne. Si on ajoute les interventions de la Turquie, les bombardements russes à l’appui du régime de Bachar El Assad, la situation des zones de Goubah et Idlib, la situation devient inquiétante et explosive. L’intensification des tensions que nous observons ces derniers temps entre l’Iran et Israël pourrait-elle conduire, à une guerre directe entre ces deux pays sur le territoire syrien, dès 2019 ?

Confrontations à la frontière, interception d’un drone iranien et riposte contre un F-16 israélien : les frappes de l’armée israélienne contre des cibles en Syrie ont mis en évidence que le conflit dissimulé entre Israël et l’Iran risquait de dégénérer en conflit majeur. Cette escalade est-elle inévitable ? Et un nouveau front risque-t-il de faire son apparition dans la guerre en Syrie et d’enflammer la région ?

Tant que la Syrie était aux prises avec la guerre civile, Israël était relativement en sécurité et observait l’effondrement de la Syrie. Israël maintenait l’équilibre et contrait périodiquement les menaces cruciales pour sa sécurité. Par ailleurs, le conflit multilatéral en Syrie et le renforcement de Daech ont représenté une opportunité pour l’Iran, principal adversaire d’Israël, d’accroître son influence dans la région. Pendant toute la guerre, Téhéran a soutenu militairement le président Bachar al-Assad. Les Iraniens se sont affirmés en Syrie en se basant sur les groupes chiites combattant aux côtés des forces gouvernementales.

Il est certain, « qu’Israël ne permettra pas à l’Iran de s’installer en Syrie, et ce quel que soit le prix à payer », avait affirmé le ministre de la Défense israélien, Avigdor Lieberman, dans une conférence de presse, à la suite de sa visite, le 10 avril dernier, sur une base militaire dans le Golan. Israël ne pourra jamais tolérer une présence militaire iranienne en Syrie et particulièrement aux portes du Golan. Pour le gouvernement israélien, il s’agit d’une ligne rouge que l’Iran ne pourra franchir. En effet, cette situation mettrait en difficulté l’armée israélienne, avec la possibilité de l’ouverture de plusieurs fronts, notamment au nord et au sud du pays.

De plus, il est fort probable que les Etats-Unis se retireront de l’accord nucléaire le 12 mai 2018, ce qui aura pour conséquence pour l’Iran de reprendre « vigoureusement » l’enrichissement d’uranium.« L’Amérique n’aurait jamais dû craindre que l’Iran produise une bombe nucléaire, mais nous poursuivrons vigoureusement notre enrichissement d’uranium », avait mis en garde, samedi 21 avril, le ministre iranien des affaires étrangères, Javad Zarif, en cas de retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire. Auprès de journalistes, à New York, il avait annoncé que la réponse « probable » de Téhéran à un retrait américain de l’accord nucléaire serait une reprise de la production de cet élément clé dans la fabrication de l’arme atomique. Les commentaires du chef de la diplomatie iranienne marquent un nouvel épisode dans l’escalade de la rhétorique sur ce dossier, le président iranien Hassan Rohani ayant affirmé, il y a deux semaines, que les Etats-Unis allaient « regretter » un éventuel retrait de l’accord et que l’Iran réagirait « en une semaine », dans une telle situation. Donald Trump veut « remédier aux terribles lacunes », selon lui, du texte de l’accord. Il réclame notamment davantage d’inspections et, surtout, la suppression des limitations dans le temps imposé à Téhéran sur son activité nucléaire, censées expirer en 2025 et 2030. Pour cela, il a posé la date du 12 mai comme ultimatum pour décider s’il rompt, ou non, l’engagement de son pays à soutenir ce texte conclu en 2015 avec Téhéran par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), en plus de l’Allemagne, au terme de treize ans de crise. Mais, c’est sans compter sur les trois signataires européens qui vont tenter de convaincre le président américain de préserver ce texte, qu’ils jugent crucial, en invoquant notamment le fait qu’ils seraient davantage exposés que les Américains à un éventuel tir de missile iranien. Pour cela, le président français Emmanuel Macron, sera en visite d’Etat à Washington du 23 au 25 avril 2018, la chancelière allemande Angela Merkel, et la première ministre britannique Theresa May, devraient se rendre successivement à Washington avant la fin du mois, porteurs d’un mandat de leurs partenaires.

Mais la communauté internationale, c’est-à-dire les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni, en plus de l’Allemagne, garante de l’accord nucléaire, n’est pas prête à suivre les Etats-Unis sur toute la ligne. « L’Allemagne et l’UE ne soutiendront pas la sortie unilatérale des Etats-Unis de l’accord parce que ce dernier est important pour Berlin. Il serait dangereux de détériorer les relations avec l’Iran à un moment où tout le Moyen-Orient est plongé dans le chaos. Il ne fait aucun doute que prochainement, le thème de la confrontation avec l’Iran repoussera à l’arrière-plan les autres problèmes de la région. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait d’ailleurs déclaré lors de son entretien avec le président américain Donald Trump que l’Iran devenait le plus grand défi au Moyen-Orient, pour son État tout comme pour les Etats-Unis.

Selon certains experts, la perspective d’un scénario militaire en Iran est très certainement à l’étude, et les dernières frappes israéliennes en Syrie sont, entre autres, également destinées à tester les systèmes de défenses anti-aériens russes. Le risque d’une frappe militaire pèse depuis longtemps sur l’Iran. Pour se représenter le scénario exact, il faut comprendre de quelle frappe il pourrait s’agir. Ainsi, les stratèges américains envisagent des frappes massives ou ciblées et des frappes chirurgicales contre les sites d’infrastructure nucléaire, et/ou des opérations de grande envergure. Or tous ces scénarios peuvent dégénérer en une véritable guerre, sachant que les Etats-Unis ne pourront pas préalablement sécuriser tous leurs sites dans la région et protéger leurs alliés dans le Golfe. La conscience des risques catastrophiques, y compris des victimes humaines en Iran et dans la région, était probablement jusqu’à présent le facteur de dissuasion le plus important : il est tout simplement déraisonnable d’engager de telles actions militaires. Alors que l’Iran, comprenant l’impossibilité de gagner dans un conflit armé direct, s’est concentré sur une réaction asymétrique… Par conséquent, même si l’Iran ne peut pas compter sur un grand potentiel militaire dans un conflit ouvert et de forte intensité, l’armée iranienne et ses alliés pourront causer de graves dommages à ses voisins, y compris à Israël, dans un conflit asymétrique et de longue durée.

Toutefois, une grande guerre qui pourrait opposer l’Iran et Israël est peu probable, parce qu’un conflit direct impliquerait la mise en œuvre de forces aériennes israéliennes importantes et peut-être une attaque maritime contre l’Iran et qu’il est improbable que cela se produise. L’Iran n’est pas non plus un acteur impuissant dans ce scénario, il pourrait également mener des attaques similaires en Israël, et je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt de l’une ou de l’autre des parties qu’il y ait un conflit ouvert et direct entre elles. La meilleure façon d’éviter cette guerre est de ne pas provoquer l’Iran comme cela a été le cas quand Israël a attaqué des troupes et des installations iraniennes à l’intérieur de la Syrie. D’ailleurs, si une guerre a lieu, elle affectera la plupart des pays du Proche et du Moyen-Orient et se déroulera plutôt au travers d’acteurs indirectes. Même si l’Iran a un certain soutien de la Russie, il est peu probable que la Russie intervienne militairement contre Israël, mais il y aura certainement des conséquences majeures de déstabilisation accrue pour la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Arabie saoudite, et peut-être l’Égypte ».

Quoiqu’il en soit la probabilité d’une guerre entre l’Iran et Israël est directement liée à la résolution du conflit en Syrie.

Par ailleurs, la détente entre les deux puissances n’est plus d’actualité. Les relations actuelles entre Washington et Moscou sont tendues, ce qui constituent un facteur aggravant, d’autant plus que les protagonistes dans la région, sont nombreux. Chaque incident risque de déstabiliser toute la région et de plonger le Moyen-Orient dans une guerre d’usure interminable. Même après cette dernière frappe occidentale, la Russie demeure maîtresse du jeu en Syrie, elle détient de nombreux leviers diplomatiques et militaires.

Il y a aujourd’hui une extrême précarité de la sécurité dans la région. La zone est fragilisée par le conflit que se livrent par procuration l’Iran et l’Arabie Saoudite. L’Arabie et ses alliés du Conseil de coopération font bloc contre l’ennemi iranien et ses proxies, notamment les Houthis au Yemen et le Hezbollah au Liban. A Ryad, le discours est clair, l’Iran ne peut plus continuer en toute impunité à déstabiliser la région. Ce durcissement apparaît très clairement dans les discours officiels mais aussi dans les faits. La troisième guerre du Golfe se dessine-t-elle actuellement ? Une chose est certaine, il est encore temps de mettre un terme à ce dérapage incontrôlé. Il semble que face à une Amérique partiale et imprévisible, une Europe absente, seule la France pourrait faire entendre à l’Orient compliqué la voix de la raison.