IRAN- Accord nucléaire et sanctions

IRAN- Accord nucléaire et sanctions

En janvier 2018, la Russie s’est prononcée fortement en désaccord avec les pressions américaines visant à modifier l’accord sur le nucléaire iranien. De son côté, l’Allemagne réclame davantage de détails de la part de Washington et souhaite consulter ses partenaires européens. Lors d’une conférence de presse où il a présenté son bilan pour l’année 2017, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a indiqué que Moscou n’appuierait pas les demandes américaines visant à modifier l’accord conclu en 2015 entre les grandes puissances et l’Iran sur le programme nucléaire de Téhéran.

À l’époque, l’entente avait permis de restreindre les ambitions nucléaires de l’Iran en échange d’un allégement des sanctions imposées au régime des ayatollahs.

En début d’année, le président américain Donald Trump avait signalé le maintien de l’accord en prolongeant la levée des sanctions, mais a soutenu que les États-Unis s’en retireraient d’ici quelques mois, à moins que de « terribles failles » s’y trouvant ne soient corrigées. Aux yeux du ministre Lavrov, il s’agit là d’une demande « déplorable » qui soulève des doutes sur la capacité de Washington de respecter des ententes internationales. Pour lui, le démantèlement de l’accord sur le nucléaire iranien découragerait la Corée du Nord de négocier quelque entente que ce soit en vue d’un éventuel démantèlement de son propre programme nucléaire.

Toutefois, le président américain, qui ne fait pas mystère de son intention de voir annulée cette convention d’encadrement du programme nucléaire iranien signée à Vienne en juillet 2015, devrait donner au Congrès des Etats-Unis et aux pays européens parties prenantes une date limite pour l’améliorer. Sans amélioration, Donald Trump devrait menacer une fois encore de retirer les Etats-Unis de l’accord. Cette convention a été conclue entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Chine, France, Royaume-Uni, Etats-Unis et Russie) plus l’Allemagne et l’Union européenne. Le Congrès américain oblige le président à redire périodiquement s’il certifie que l’Iran applique l’accord de Vienne et à émettre une dispense pour que les sanctions américaines restent suspendues. Parallèlement, les partenaires européens des Etats-Unis ont multiplié les pressions pour convaincre Donald Trump de ne pas torpiller l’accord de Vienne. Depuis la levée de l’embargo, Téhéran est redevenu un des principaux exportateurs d’or noir du monde avec 2 millions de barils par jour, or si les sanctions étaient rétablies, l’Iran serait prêt pour « tous les scénarios », laissant entendre qu’il considérerait alors comme caduc l’accord qu’il a signé en juillet 2015 avec Washington, Moscou, Pékin, Londres, Paris et Berlin.

Téhéran rejette toute modification de cet accord historique, et a le soutien de tous les partenaires du texte, -Grande-Bretagne, Chine, France, Allemagne, Russie et Union européenne,  à l’exception des États-Unis.

La menace est claire : l’Iran reprendrait immédiatement ses activités d’enrichissement d’uranium susceptibles de produire des armes nucléaires à terme. Et l’Iran peut « augmenter fortement ses capacités en la matière », avait reconnu en janvier dernier l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a jusqu’ici certifié, comme le reconnaissent d’ailleurs tous les signataires de l’accord, que l’Iran respectait ses obligations de gel de son programme nucléaire. Prolonger la suspension des sanctions contre Téhéran aurait un avantage pour Donald Trump, ce qui expliquait l’atmosphère relativement optimiste à Washington. En contrepartie de sa décision, il pourrait obtenir du Congrès un amendement de la loi INARA (Iran Nuclear Agreement Review Act) de 2015 régissant la manière dont l’accord international est évalué par les Etats-Unis.

Il s’agirait d’en durcir les termes tout en supprimant l’obligation de certifier l’accord nucléaire tous les trois mois, que Donald Trump juge horripilante puisqu’elle l’oblige régulièrement à se déjuger. En contrepartie d’une éventuelle décision modérée sur l’accord nucléaire, la Maison-Blanche devrait annoncer des sanctions contre Téhéran sur un plan connexe, en représailles à la répression récente des manifestations dans le pays et à son programme de missiles balistiques et ses ingérences au Yémen, Liban et Syrie. De telles sanctions ciblées contre des entités clés du régime des mollahs, ne menaceraient nullement l’accord nucléaire.

Donald Trump avait exigé en janvier dernier un « accord » avec les Européens pour « remédier aux terribles lacunes » du texte de 2015 sur le nucléaire iranien, faute de quoi les Etats-Unis se retireront de cet engagement international. « C’est la dernière chance. En l’absence d’un tel accord, les Etats-Unis ne suspendront pas à nouveau les sanctions » contre l’Iran levées depuis 2015 « afin de rester dans l’accord sur le nucléaire iranien », a prévenu le président américain dans un communiqué. « Et si à tout moment j’estime qu’un tel accord n’est pas à notre portée, je me retirerai de l’accord » de 2015 « immédiatement », avait-il menacé.