Espace – L’arsenal anti-satellite de la Chine

Espace - L’arsenal anti-satellite de la Chine

La Chine a récemment augmenté son arsenal d’armes antisatellites, alimentant les craintes à Washington d’une attaque contre un vaisseau spatial américain.  Pour cette raison, le Pentagone a mené des efforts pour construire son propre arsenal d’armes anti-satellites et la Russie a également commencé à développer ses propres armes spatiales. Cette escalade de la guerre dans l’espace, rappelle étrangement le cycle qui a précédé la guerre froide. Cette escalade concerne également les armes hypersoniques. Par ailleurs, plus de 20.000 débris spatiaux polluent l’orbite terrestre Depuis 1957 plus de 5.000 engins ont été expédiés dans l’espace, générant régulièrement de nombreux débris spatiaux. Ces objets sont une menace pour les futures missions spatiales.

Le 22 mars 2021, le 18e escadron de surveillance spatiale de la Force de l’espace américaine signalait la désintégration de Yunhai 1-02, un satellite militaire chinois lancé en septembre 2019. A l’époque, de nombreux observateurs s’étaient interrogé sur la raison de cette désintégration, d’autant plus que ce satellite était assez récent et ne présentait aucune défaillance technique. Un astronome du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics à Cambridge avait révélé que Yunhai 1-02 avait été violemment heurté par le débris d’une ancienne fusée russe des années 1990, Zenit-2. Il s’agissait de la pire collision orbitale confirmée depuis février 2009, en effet cette année-là, le défunt vaisseau spatial militaire russe Kosmos-2251 avait heurté Iridium 33, un satellite de communications opérationnel, générant plus de 1.800 débris traçables. Dans son rapport d’avril 2021, l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI)[1] des États-Unis avait avancé des éléments, selon lesquels la Chine construisait des armes spatiales dangereuses susceptibles de détruire les satellites américains. Le rapport d’évaluation globale des risques relatifs à cette découverte avait également été présenté aux législateurs. Pékin cherche à détrôner Washington dans la course à l’armement spatial[2]. « Il ne fait aucun doute que la Chine cherche à devancer les États-Unis dans le domaine de l’armement spatial. Elle a travaillé dur sur une variété d’efforts dans ce domaine pour essayer de contester ce qui a été présumé être notre leadership », avait déclaré la directrice de l’ODNI, cité par Defense News.

Dans son rapport, l’Office américain du renseignement national avait révélé que la première puissance asiatique avait déjà déployé des missiles terrestres capables de détruire des satellites en orbite terrestre basse. Il s’avère que le pays a également construit des infrastructures lasers au sol qui serviront probablement à « aveugler » les satellites américains, voire endommager les capteurs optiques de ces derniers. Pour montrer à quel point la Chine était déterminée à atteindre son objectif, l’ODNI avait indiqué que le pays était actuellement dans la phase finale des préparatifs de la mise en orbite de sa station spatiale. Un projet qui n’a visiblement rien de militaire, mais qui prouve que Pékin peut devenir une première puissance spatiale, d’autant que la Station spatiale internationale approche de sa fin de vie. À ce propos, la Chine vise une mise en orbite basse à compter de 2023. La structure devrait peser 60 tonnes et comporter trois modules. En ce qui concerne la menace représentée par les armes spatiales chinoises, elle est devenue de plus en plus préoccupante ces dernières années. En 2019, le département américain de la défense avait par exemple émis un rapport évoquant de multiples options d’attaque, allant des armes cybernétiques aux armes à énergie dirigée, sans oublier les missiles antisatellites. Face à ces projets ambitieux du gouvernement chinois, le comité du renseignement a exhorté les responsables américains à examiner de près ces dynamiques géopolitiques inquiétantes.

Depuis plusieurs années, la Chine développe des armes anti-satellitaires, ainsi, une équipe de scientifiques en Chine a créé un appareil qui utilise des explosifs pour détruire les satellites ennemis. Le pistolet peut être inséré dans la buse d’échappement d’un satellite, selon le South China Morning Post. La Chine a également crée un nouvel appareil capable de provoquer des explosions internes dans les satellites ennemis sans détruire complètement les sondes. Selon la publication, l’instrument serait capable de créer une « explosion constante et contrôlée dans le temps », faisant exploser l’intérieur des satellites sans les détruire complètement. Ainsi, l’explosion étant partiellement contenue, elle peut être confondue avec un accident moteur. Bien qu’il ne soit pas clair exactement comment l’appareil serait inséré dans un satellite, la méthode présente une nouvelle façon de désactiver les sondes offensives sans utiliser de lasers ou de missiles, qui sont facilement détectables et suggère un avenir de sabotage de satellites actifs en orbite.

En septembre 2020, la navette automatique chinoise CSSHQ a placé en orbite un satellite à seulement 50 km du véhicule USA 276. L’une des plateformes les plus sensibles de l’arsenal spatial américain. A l’époque, Pékin avait procéder à la mise en orbite d’une constellation de 9 satellites d’imagerie radar Gaofen 3 au moyen d’une fusée CZ-11 tirée depuis une plateforme navale, on en sait désormais d’avantage sur le mystérieux avion orbital CSSHQ chinois qui avait été lancé le 4 septembre 2020, et qui s’assimilerait à la navette automatique américaine X-37B. Une navette réutilisable de 5T, capable de manœuvrer en orbite basse entre 200 et 700 km d’altitude, et d’emporter en soute des charges utiles aussi diverses que des satellites, des capteurs ISR, ou des armements. Avec une masse de 8,5 T CSSHQ aurait une capacité d’emport supérieure au X-37B. Le vaisseau chinois ne s’est pas contenté d’orbiter pendant deux jours suivant une trajectoire proche de celle communément utilisée par le véhicule trans-orbital américain (332×348 km, inclinaison 50.2°). Quelques heures avant d’atterrir à proximité du centre d’essais nucléaires de Lop-Nor dans le désert du Taklamakan et d’être photographié par l’un des satellites de la société Planet Lab, le NORAD américain avait détecté qu’un second véhicule s’était détaché du premier. Or, selon les recherches publiées, nous savons désormais que l’objet N°46395 ne serait pas un panneau solaire comme l’ont cru tout d’abord certains experts, mais bel et bien un satellite artificiel qui émet de manière régulière sur 4Mhz et 2,480Ghz, selon une modulation jusqu’alors peu utilisée par les chinois. L’auteur de cette découverte, Dimitri Pashkov, a traité pendant une semaine plus de 4 To de données sur son ordinateur personnel grâce à un logiciel de sa conception. Le jeune développeur russe n’est pas inconnu des spécialistes. En avril 2020, il avait démontré que le premier satellite militaire iranien, Noor, était en fait un simple Cubesat 6U de 20 sur 30 cm de côtés. Mais surtout, selon les observations du Dr Marco Langbroek, ce satellite évoluerait à seulement 50 km au-dessus d’un autre véhicule orbital américain encore plus confidentiel que le X-37B, et sur lequel le Pentagone ne s’est jamais exprimé, connu sous le code USA 276. Nous savons toutefois que son concepteur, Ball Aerospace, est non seulement spécialisé dans les satellites d’observation, mais également dans les dispositifs de communication par laser afin de déjouer les opérations de brouillage adverses. Hautement manœuvrant, ce véhicule avait décrit des spirales autour de la station ISS jusqu’à moins de 4 km de distance en juin 2017. Selon certains observateurs comme Emmanuel Chiva, ceci pourrait démontrer que les satellite USA 276 aurait en fait un rôle d’ange gardien des plateformes de reconnaissance américaines contre toute attaque extérieure. A ce stade, il est trop tôt pour savoir si 46395 est dévolu à une simple mission de test, à une mission de surveillance, ou même d’inspection des plateformes orbitales américaines. Mais rappelons néanmoins que depuis le programme Shiyan-7 (SY-7), les chinois disposent désormais de l’ensemble de ces capacités. Le plus récent exemple de ces progrès est l’essai par la Chine d’un missile hypersonique capable d’entrer partiellement en orbite autour de la Terre avant de rentrer dans l’atmosphère et d’être guidé jusqu’à sa cible. L’arme est destinée à éviter les systèmes antimissiles américains. Même si Pékin assure qu’il s’agit d’un véhicule spatial réutilisable et non d’un missile, le test semble avoir pris les dirigeants américains de court. Le chef de l’état-major des États-Unis, le général Mark Milley, a affirmé qu’il s’agissait presque d’un moment Spoutnik, une allusion au lancement du premier satellite par l’Union soviétique en 1957. Ce lancement avait pris le monde par surprise et suscité des inquiétudes quant à un éventuel retard technologique des États-Unis. La course aux armements et à l’espace qui a suivi a éventuellement acculé l’Union soviétique à la faillite. Le général Milley et d’autres responsables américains ont refusé de discuter des détails du test chinois, affirmant qu’ils étaient secrets. Il a affirmé que la situation était « très préoccupante » pour les États-Unis, avant d’ajouter que les défis présentés par la modernisation militaire chinoise vont plus loin.  Les capacités militaires chinoises prennent rapidement de l’expansion dans l’espace, sur internet, et dans les domaines traditionnels de la terre, de la mer et de l’air. « La rapidité des progrès chinois est stupéfiante », avait affirmé e chef adjoint de l’état-major des États-Unis, le général John Hyten, qui est aussi l’ancien commandant des forces nucléaires américaines et l’ancien responsable des activités spatiales de l’armée de l’air.

Les États-Unis se sont concentrés depuis vingt ans à contrer la menace de groupes terroristes comme Al-Qaïda en Irak et en Afghanistan. Cela a commencé à changer sous l’administration Trump, qui a élevé la Chine au premier rang des priorités en matière de défense, en compagnie de la Russie et en remplacement du terrorisme comme menace principale. La Russie demeure pour le moment la plus importante menace stratégique en raison de la taille de son arsenal nucléaire. Mais désormais, certains responsables militaires américains affirment que la Chine est plus inquiétante à long terme puisque sa puissance économique est largement supérieure à celle de la Russie et des ressources qu’elle consacre à la modernisation militaire. Au rythme actuel, la Chine surpassera la Russie et les États-Unis en ce qui concerne la puissance militaire totale d’ici quelques années, si rien n’est fait pour que cela change. L’administration Biden dit compter sur ses alliés en Asie pour tenir la Chine en respect. C’est notamment ce qui explique sa décision de partager avec l’Australie une technologie de propulsion nucléaire de pointe, lui permettant d’acquérir une flotte de sous-marins à armes conventionnelles. Désormais, la croissance de la puissance militaire de la Chine et sa détermination à mettre fin à la domination américaine dans la région Asie-Pacifique inquiètent les responsables américains. Certains responsables redoutent notamment l’expansion de l’arsenal nucléaire chinois; les progrès de Pékin dans l’espace et en ligne; l’amélioration de ses missiles; et les menaces chinoises envers Taïwan. Cela pourrait mener à un équilibre des pouvoirs plus favorable à la Chine. Un tel réalignement ne menacerait pas directement les États-Unis, mais pourrait compliquer les alliances américaines en Asie. Pour le moment, certains responsables s’émerveillent de voir Pékin mobiliser les ressources, la technologie et la volonté politique nécessaires pour concrétiser ces gains rapides.

[1] – https://www.dni.gov/files/ODNI/documents/assessments/ATA-2021-Unclassified-Report.pdf

[2]  – https://www.defensenews.com/congress/2021/04/14/china-aims-to-weaponize-space-says-intel-community-report/