En 2050 – les conflits du futur

En 2050 - les conflits du futur

Les conflits du futur sont déjà en préparation. Les espaces de conflits vont s’amplifier et toucheront l’espace, le cyber espace, l’intelligence artificielle… Les guerres de demain se dessinent aujourd’hui et c’est dès à présent que sont élaboré les arsenaux de 2050. Et dans les faits, rien n’est vraiment très rassurant.

Se projeter à trente ans, en 2050, pour tenter de comprendre le monde dans lequel nous vivrons, s’il y aura toujours des guerres, entre qui et avec quelles armes, n’est pas aisé. Il suffit pour s’en convaincre de revenir trente ans plus tôt, en avril 1989. Six mois avant la chute du mur de Berlin, comment aurions-nous pu imaginer le contexte stratégique actuel, celui de l’après-URSS, de Poutine et de Trump ? Qui aurait pu penser, au printemps 1989, alors que les étudiants occupaient la place Tiananmen dont ils seraient délogés dans le sang quelques semaines plus tard, que la Chine serait toujours dirigée par le Parti communiste, et qu’elle serait sur le point de devenir la première puissance mondiale, ce qui devrait avoir lieu d’ici à 2050, centenaire de la proclamation de la République populaire par Mao ?

La scène se déroule à 350 kilomètres au-dessus de nos têtes, dans un avenir indéfini : le colonel Rick Farmer, un astronaute américain, tente de regagner la station spatiale internationale après une sortie. La procédure ne fonctionne pas, alors il contacte ses collègues russes, à l’intérieur de la station. « Désolés, nous ne pouvons pas t’ouvrir, ce sont les ordres », lui répond le Russe Vitaly Simakov.

Au même moment, à bord de la station spatiale chinoise Tiangong-3, le colonel Huan Zhou ordonne le déclenchement du COIL, une arme laser inspirée par des recherches américaines il y a fort longtemps, au XXe siècle… Méthodiquement il détruit les satellites de communication américains, en commençant par le WGS- 4, un engin de 3,4 kilos, vital pour les communications entre les différents éléments de l’armée américaine, soudainement rendus aveugles et sourds.

Ce scénario d’un déclenchement de la « troisième guerre mondiale » n’est une fiction, car il fondé sur des technologies militaires existantes ou en cours d’élaboration dans les laboratoires de recherche de l’industrie de défense.

Missile de croisière hypersonique, sous-marin nucléaire, véhicule blindé multi-rôles, armes laser, cyber, AI… Certains pays développent des armes de rupture stratégique qui leur conféreront un jour une avancée technologique et militaire sans précédent. Les États-Unis, la Russie et la France forment le trio de tête des plus gros pays exportateurs d’armes au monde. À eux trois, ils représentent les trois quarts du volume total des exportations d’armement. En parallèle, ils continuent de développer des armes sophistiquées, qui leur conféreront un jour une avancée technologique et militaire sans précédent. Sans oublier la Chine et l’Inde, l’un des deux plus gros importateurs mondiaux, qui travaille aussi sur ces armes du futur.

Pourtant, en matière militaire, anticiper n’est pas de la science-fiction : l’avion de combat du futur, franco-allemand, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel ont signé la naissance en juillet 2017, équipera les armées de l’air dans les années 2040 ; c’est donc aujourd’hui qu’il faut imaginer ses missions, ses capacités, ses équipements. Ce sont les décisions, les investissements et les orientations d’aujourd’hui qui détermineront l’univers de la défense de demain.

Il est parfois des périodes d’accélérations fulgurantes. Prenez la guerre de 1914-18. Bruno Cabanes, qui a coordonné l’ouvrage collectif « Une histoire de la guerre » (Seuil, 2018), souligne dans sa préface qu’« un stratège de la guerre de Sécession, et même des guerres napoléoniennes, aurait globalement reconnu un champ de bataille de l’été 1914. Pourrait-on en dire autant pour un général de 1914 seulement quatre ans plus tard ? »

C’est assurément le cas aujourd’hui, avec l’essor de technologies de rupture qui transforment nos vies, pour le meilleur ou pour le pire. A commencer par le numérique, à l’origine des smartphones qui font désormais partie de nous-mêmes, mais aussi de la cyberguerre dont nous n’avons pas encore totalement estimé le potentiel destructeur. Et surtout l’intelligence artificielle (IA), qui, là encore, commence à peine à entrer dans notre quotidien, mais qui, nous le savons déjà, transformera la guerre de demain et les projections ne sont pas vraiment rassurante.  Celle d’un monde où drones, navires, sous-marins, chars et autres robots entreront en action sans intervention humaine, et se formeront de façon autonome. Ce voyage vers le futur pose, au passage, de nombreuses questions éthiques auxquelles nous n’avons pas de réponses. L’espace, le cyber et l’IA sont les nouveaux terrains de la guerre de demain, en plus des traditionnels « terre-air-mer ». Et c’est sur eux que seront probablement redistribuées les cartes stratégiques du XXIe siècle.

En mars 2019, l’Inde a rejoint le club très fermé des pays capables de détruire un satellite en orbite à partir de la terre, rejoignant une course à la militarisation de l’espace relancée par la Chine en 2007. Mal régulé, l’espace occupe une place vitale dans le fonctionnement de nos sociétés, et donc dans les stratégies de défense.

Si la multiplication du nombre d’acteurs rend le spatial plus complexe qu’à l’époque de la guerre froide, que dire du cyber, le piratage informatique ? Là aussi, nous n’avons encore rien vu, en réalité nous sommes en cyberguerre. Une guerre permanente, sans front, sans règles d’engagement, et qui n’en est qu’à ses débuts.

Les exemples de cyber-attaques sont déjà nombreux, qu’il s’agisse de la première d’entre elles, l’attaque russe contre l’Estonie en 2007, ou dix ans plus tard, celle contre l’Ukraine, ou encore du virus informatique Stuxnet, employé par les Américains et les Israéliens contre le programme nucléaire iranien en 2010. Le cyber formera le cœur des guerres hybrides de demain, celles qui ne diront pas leur nom, celles dont les auteurs seront difficiles à identifier. Et qui, du simple avertissement à la destruction d’infrastructures, seront d’autant plus redoutables qu’elles seront invisibles. Des guerres, où les attaquants auront l’avantage sur les défenseurs.

Mais l’un des enjeux de demain, c’est évidemment celui de l’intelligence artificielle, car elle touche tous les domaines, celui des armes, celui de l’aide à la décision, voire de la décision elle-même. Imaginez un essaim de mini-drones armés, à qui un objectif a été assigné, mais qui décident entre eux, sans intervention humaine, de leur tactique : ils adaptent leur comportement à la résistance rencontrée, s’attribuent les cibles et déclenchent le tir de manière autonome. Ce n’est pas un film, c’est l’un des exemples tirés de l’enquête de Paul Scharre dans les centres de R & D de l’industrie de défense et, en particulier, à la Defense Advanced Research Projects Agency (Darpa), cette institution fondée après le lancement du Spoutnik soviétique qui avait pris les Etats-Unis par surprise, et dont la raison d’être est de garder une longueur d’avance sur les technologies de rupture. C’est ici, notamment, qu’est né l’ancêtre d’internet…Deux dangers apparaissent dans la course à l’innovation militaire dans le monde. La première crainte est moins ce que font les Etats, que le fait que ces technologies tombent entre les mains de groupes terroristes ou criminels, ce qui est sans doute inévitable. La seconde est celui des armes totalement autonomes, c’est-à-dire qui agiront sans qu’un humain soit dans la boucle. Mais le danger de la surenchère dans la course à l’autonomie, fait que chaque pays redoute que le rival n’aille plus loin et n’obtienne ainsi un avantage décisif. Mais toutes les avancées technologiques ne seront pas forcément un progrès, puisque des incertitudes vertigineuses planent sur le sort de notre civilisation.