Démographie et Climat.

Démographie et Climat

L’histoire retiendra que tout s’est joué de 1979 à 1989. Une décennie au cours de laquelle, l’humanité avait de bonnes chances de résoudre la crise climatique. Nous savions l’essentiel sur le réchauffement climatique en 1979, quand à Genève, en février, lors de la première Conférence mondiale sur le climat, les scientifiques de 50 pays unanimes estimèrent qu’il était « urgent d’agir ». Pendant 10 ans se sont succédé séances et conférences de tout niveau, jusqu’à cet autre sommet aux Pays-Bas en novembre 1989 au cours duquel aurait dû être approuvé un traité imposant des objectifs. Mais cela n’a pas été le cas.

En réalité, nous ne pourrons pas revenir à un climat normal, même en diminuant nos émissions de CO2. Nous pourrons les contenir et en limiter la progression mais les températures dépendent des gaz à effet de serre qui se trouvent déjà dans l’atmosphère et faire redescendre les niveaux de CO2, c’est aujourd’hui extrêmement difficile et déjà trop tard. Contrairement à la pollution atmosphérique, dont les particules retombent assez vite, ces émissions de gaz à effet de serre ne retombent pas, ou extrêmement lentement.

Alors que les rapports de l’époque, annonçaient déjà le pire, rien n’a été entrepris au début de ce siècle, pour conjurer ces prévisions. Réchauffement climatique, hausse du niveau des océans, pollution endémique, démographie galopante, raréfaction des ressources énergétiques et réduction des productions agricoles. D’ici la fin de ce siècle, tous ces facteurs vont se combiner, ajouté à une consommation globale qui s’emballe et à une diminution des ressources naturelles. L’augmentation de la population mondiale semble également peser de plus en plus lourdement sur les ressources naturelles de la planète, tout en accentuant la dégradation de notre environnement. Nous serons près de 10 milliards d’habitants dans le monde en 2050. Cela implique, une augmentation globale de 60% de la production agricole pour pouvoir nourrir l’ensemble de la population mondiale.

Si nous ne changeons pas notre mode de vie, il faudra envisager d’accepter une réduction de la population mondiale, si l’humanité espère durer sur cette planète.

Aujourd’hui, tous les voyants sont au rouge : une concentration atmosphérique de gaz à effet de serre sans précédent depuis au moins 800.000 ans, des records de température battus année après année, des vagues de chaleur, des pluies diluviennes et des ouragans dévastateurs attestant que le dérèglement climatique est à l’œuvre.

En résumé, si l’on ne réduit pas très vite et massivement les émissions de gaz à effet de serre (issues aujourd’hui pour les trois quarts des énergies fossiles), nous n’y arriverons pas. Le message des scientifiques du GIEC est clair. Le dernier bilan du Giec sur le dérèglement climatique montre de forts impacts au-delà de 1,5°C de réchauffement.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par l’homme ont déjà fait grimper la température mondiale de 1°C depuis la Révolution industrielle. Il est probable que le réchauffement atteigne 1,5°C entre 2030 et 2052 s’il garde son rythme actuel. Déjà de nombreuses régions connaissent un réchauffement plus accéléré encore, comme l’Arctique (deux à trois plus fort qu’ailleurs). Le dernier demi-degré engrangé est déjà associé à une recrudescence de phénomènes météorologiques extrêmes. Les émissions passées et présentes continueront à faire monter les océans, quoi qu’il arrive.

A partir de +1,5°C, nous observerons une accélération de la montée des eaux. Les différences sont nettes entre la température d’aujourd’hui (qui est déjà de +1°C par rapport à la période pré-industrielle) et 1,5 °C, voire pire, 2 °C. Si la planète atteint +2°C, cela impliquera des vagues de chaleur dans la plupart des régions. Les jours chauds vont croître à peu près partout, en particulier dans les Tropiques, zone sensible car encore épargnée par les variations. Les précipitations liées aux cyclones gagneront en intensité.

Le niveau des mers, si l’on s’en tient à +1,5°C, aura gagné 26 cm à 77 cm d’ici à 2100, selon les projections. A +2°C ce serait 10 cm de plus, soit jusqu’à 10 millions de personnes supplémentaires affectées. A long terme, l’instabilité de la calotte Antarctique et/ou la perte de celle du Groenland pourraient être déclenchées vers +1,5/2°C, faisant grimper les mers de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir.

La baisse de productivité du maïs, du riz ou du blé sera plus limitée à +1,5° qu’à 2, de l’Asie du sud-est à l’Amérique latine, avec également des risques accrus pour la ressource en eau, la sécurité alimentaire, et la santé des populations.

Pour rester à 1,5°C, il faut faire baisser les émissions de CO2 bien avant 2030 et fortement (-45% d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2010), pour ensuite arriver, vers 2050, à une « neutralité carbone »: c’est-à-dire cesser de mettre dans l’atmosphère plus de CO2 que l’on ne peut en retirer. La « Neutralité » implique de ne plus garder que les émissions « résiduelles », pour les secteurs ne pouvant s’en passer comme l’aviation par exemple. Et ce surplus de CO2 devra être pompé (ce sont des « émissions négatives »). Les autres GES (méthane, HFC, carbone suie…) seront à réduire aussi, bien que moins prioritaires que le CO2 car moins persistants. Quant à la possibilité de dépasser le seuil de +1,5, pour faire redescendre le mercure plus tard au cours du siècle, dans son dernier rapport, le Giec en souligne les risques – certains irréversibles, comme la perte d’espèces – et les incertitudes sur l’efficacité de l’extraction du CO2 à grande échelle.

Ce recul massif d’émissions nécessaire exigera une transition rapide et de grande portée en matière d’énergies, d’usage des sols, de transports, bâtiment et systèmes industriels, un mouvement « sans précédent » car impliquant tous ces secteurs à la fois. Cela nécessitera une transformation d’une vitesse et d’une ampleur sans précédent. Les énergies renouvelables devraient passer de 20% à 70% de la production électrique au milieu du siècle, la part du charbon serait réduite à poussière, la demande d’énergie devra baisser, et l’efficacité énergétique croître. L’industrie devra réduire ses émissions de CO2 de 75-90% d’ici 2050 par rapport à 2010 (comparé à 50-80% pour 2°C), les transports passer aux énergies bas carbone (35-65% en 2050 contre moins de 5% en 2020).

Selon le rapport, quelque 2.400 milliards de dollars d’investissements annuels seront nécessaires entre 2016 et 2035 pour la transformation des systèmes énergétiques, soit 2,5% du PIB mondial. Un coût qu’il faut mettre en regard avec le coût, bien plus élevé, de l’inaction, soulignent les scientifiques.

Le monde sans carbone n’est pas celui vers lequel nous conduit pour l’instant notre modèle de développement. C’est d’autant plus problématique que nous ne sommes pas tous égaux face au changement climatique : les pays les plus vulnérables à l’élévation des températures sont les pays parmi les plus pauvres. Et au sein des pays développés occidentaux, les populations les plus vulnérables sont, là aussi, les plus pauvres.

Au rythme actuel, nous atteindrons le +1,5°C entre 2030 et 2052, et les +5,5°C d’ici la fin du siècle. Il y a encore un espoir de limiter le réchauffement climatique, même si la fenêtre se referme de plus en plus vite. Mais cela devra se faire au prix d’un sursaut international.

 

* Pour approfondir ce sujet, lire : Démographie et dégradation de l’environnement – Editions Connaissances et Savoirs – Paris, février 2018.